Ce que le Conseil supérieur de l'agriculture a annoncé — et pourquoi ça ne suffit pas encore
Des mesures fortes. C'est le terme qu'on a utilisé. Des mesures fortes pour une productivité durable. On a lu l'annonce. On a disséqué chaque ligne. Et on va vous dire ce qu'on en pense — sans filtre, sans langue de bois, sans le discours de façade qu'on sert habituellement aux agriculteurs depuis quarante ans.
Le Conseil supérieur de l'agriculture s'est réuni. Des hauts fonctionnaires. Des technocrates. Des gens dont certains n'ont pas mis les pieds dans un champ depuis longtemps — ou jamais. Ils ont produit des recommandations. C'est leur travail. Le nôtre, c'est de vous dire si ça tient la route ou si c'est encore une couche de peinture sur un mur qui s'effondre.
Parce que la productivité agricole durable au Mali, ce n'est pas une question de séminaire climatisé. C'est une question de survie. Pour les familles. Pour les territoires. Pour la souveraineté alimentaire d'un pays entier.
Productivité agricole durable : derrière les mots, une réalité brutale
On aligne ces trois mots — productivité, agricole, durable — comme si leur juxtaposition suffisait à déclencher quelque chose. Comme si écrire ça dans un communiqué officiel allait faire gonfler les rendements, enrichir les sols, sortir les agriculteurs du cycle de la dette et de la subsistance déguisée en succès.
La réalité ? Plus de 70 % des exploitations agricoles restent sous-équipées. Les semences améliorées peinent à atteindre les zones rurales les plus enclavées. L'accès au crédit agricole reste un parcours du combattant pour la majorité des petits producteurs. Le changement climatique continue de dérégler des cycles que nos aïeux maîtrisaient depuis des générations. Et les prix des intrants ont explosé sans que les prix au producteur suivent la même trajectoire.
Ce que durable veut vraiment dire sur le terrain
Durable, ce n'est pas juste un mot pour rassurer les bailleurs de fonds internationaux. Durable, c'est concret :
- Des sols qui ne s'épuisent pas — parce qu'on a arrêté de les surexploiter avec des intrants chimiques mal dosés et des rotations inexistantes.
- Des techniques qui se transmettent — pas importées et abandonnées quand le projet pilote prend fin et que les formateurs repartent.
- Un revenu agricole réel — pas de la subsistance renommée en autonomie alimentaire.
- Une résilience face aux chocs — sécheresses, inondations, effondrement des prix de marché, ruptures d'approvisionnement.
Sur ces quatre axes, les annonces du Conseil donnent quelques pistes. Mais les vraies réponses concrètes restent à construire.
Ce qui va dans le bon sens — parce qu'on ne nie pas ce qui fonctionne
Soyons honnêtes. Tout n'est pas à jeter. Certaines orientations méritent d'être reconnues — pas pour faire plaisir, mais parce que nier ce qui avance serait aussi inutile que d'avaler sans réfléchir.
La mécanisation agricole enfin prise au sérieux
C'est l'une des mesures les plus concrètes évoquées. Et c'est juste. La mécanisation agricole reste l'un des leviers les plus sous-exploités en Afrique de l'Ouest. Un agriculteur équipé d'un motoculteur adapté peut traiter en une journée ce qui lui prendrait une semaine à la main. Les rendements ne doublent pas — ils peuvent tripler. Le temps libéré se réinvestit dans la transformation, la commercialisation, la diversification culturale.
Chez Mayagri, on le voit sur le terrain : les producteurs qui accèdent à des équipements adaptés ne reviennent pas en arrière. Le problème n'est jamais la volonté. C'est l'accès. Et ça, une annonce dans un communiqué ne règle pas ça. Il faut des mécanismes de financement accessibles aux petits producteurs. Des pièces de rechange disponibles localement — pas seulement dans la capitale. Des techniciens formés dans les zones rurales, pas juste dans les chefs-lieux régionaux.
Semences certifiées et intrants : bonne direction, exécution à prouver
Autre point abordé : l'amélioration de l'accès aux intrants agricoles de qualité et aux semences certifiées. Direction juste. Mais il faut nommer le problème clairement : le marché des intrants en Afrique de l'Ouest est gangréné par les produits contrefaits, les dosages incorrects, les semences dont le taux de germination ne correspond pas à l'emballage.
Un agriculteur qui investit dans de mauvaises semences, c'est une saison perdue. Une famille qui tient sur une récolte. Une dette qui s'accumule. Il ne suffit pas de parler de certification. Il faut des systèmes de contrôle qui fonctionnent jusqu'au dernier kilomètre. Des distributeurs agréés dans les localités, pas juste en ville. Une transparence sur les prix qui protège les producteurs des marges abusives des intermédiaires.
Les angles morts — et c'est là que ça devient vraiment intéressant
Maintenant, les oublis. Parce qu'il y en a. Et ils sont majeurs.
La transformation agricole locale : l'absente permanente de toutes les stratégies
Produire plus, c'est bien. Mais si la production ne peut pas être transformée localement, la valeur ajoutée s'échappe. Elle part dans les pays qui achètent nos matières premières brutes, les transforment, et nous les revendent dix fois plus cher — avec une belle étiquette dessus.
La mangue malienne exportée brute à quinze centimes le kilo revient sous forme de jus premium à trois euros la bouteille dans nos propres rayons. C'est du vol légal, structurel, systémique. Et les mesures annoncées ne semblent pas encore avoir trouvé de réponse sérieuse à cette réalité.
Une vraie stratégie de productivité durable doit intégrer la transformation. Les petites unités agro-industrielles rurales. Les groupements de femmes qui transforment l'arachide, le karité, les céréales locales. Le numérique pour connecter directement les producteurs aux marchés urbains et à l'export court-circuit.
Le foncier : le sujet tabou qu'on effleure sans jamais trancher
Aucune politique agricole durable ne peut ignorer la question foncière. L'insécurité foncière décourage l'investissement à long terme. La fragmentation des parcelles rend impossible toute économie d'échelle. Un agriculteur qui ne sait pas s'il pourra cultiver son champ la saison prochaine n'investit pas dans l'amélioration de ses sols. Il épuise ce qu'il a. Et il a raison — c'est rationnel dans un contexte d'insécurité.
Sécuriser le foncier, c'est libérer l'investissement agricole privé. C'est la condition préalable à tout le reste. Des titres accessibles aux petits producteurs. Des mécanismes de médiation des conflits qui ne nécessitent pas des années de procédure. Une loi qui protège réellement les exploitants familiaux face aux accaparements.
L'eau : le nerf de la guerre que le changement climatique a déjà reconfiguré
Le climat réécrit les règles du jeu. Les saisons des pluies sont moins prévisibles. Les épisodes de sécheresse s'allongent. Les inondations flash détruisent en quelques heures ce qu'on a mis des mois à construire. Parler de productivité agricole durable sans adresser frontalement la gestion de l'eau, c'est construire sur du sable — au sens propre.
La petite irrigation paysanne, les retenues d'eau communautaires, les techniques de collecte des eaux de pluie, l'agroforesterie pour protéger les sols de l'érosion : ces approches existent, elles fonctionnent, elles ont des résultats documentés. Elles ont besoin d'un soutien institutionnel fort et durable — pas d'un paragraphe dans un rapport annuel.
Ce que Mayagri fait concrètement — parce qu'on ne fait pas que commenter
On ne se contente pas d'analyser les annonces. On agit. Mayagri travaille directement avec les producteurs pour transformer les discours en pratiques réelles sur le terrain — ceux où il fait chaud, où la terre est dure, où les décisions se prennent au lever du soleil et pas en salle de conférence.
Concrètement, ça veut dire :
- Des intrants agricoles de qualité vérifiée, avec traçabilité et conseil à l'utilisation — pas juste vendre et disparaître.
- Un accompagnement technique ancré dans les réalités locales, pas un modèle importé qui ne tient pas compte des sols, des variétés et des pratiques de la zone.
- Des connexions directes avec les marchés — pour que le producteur vende mieux, pas juste plus.
- Une vision long terme — parce que la durabilité ne se construit pas en une campagne agricole et que la confiance se gagne sur le terrain, pas sur papier.
Les mesures institutionnelles ont leur rôle. Indispensable. Mais elles ne remplaceront jamais l'action de terrain. Ce qui change la vie des agriculteurs, c'est ce qui se passe dans le champ — pas dans la salle de réunion.
Ce qu'on attend maintenant : des actes, un calendrier, des comptes à rendre
Le Conseil supérieur de l'agriculture a posé des jalons. C'est un début. Mais dans ce secteur, les débuts ont une fâcheuse tendance à s'éterniser. Les rapports s'accumulent. Les recommandations restent dans les tiroirs. Et pendant ce temps, les agriculteurs continuent de travailler avec les mêmes contraintes, les mêmes outils, les mêmes incertitudes.
Ce qu'on veut voir maintenant, concrètement :
- Un calendrier de mise en œuvre précis — pas des formules du type à terme ou dans les prochaines années.
- Des mécanismes de suivi indépendants — impliquant les organisations paysannes réelles, pas uniquement les ministères de tutelle.
- Des budgets alloués et traçables — parce que la volonté politique sans financement fléché, c'est de la communication, pas de la politique agricole.
- Une décentralisation réelle des dispositifs d'appui — pour que les producteurs des zones enclavées aient le même accès aux ressources que ceux des corridors bien desservis.
La productivité agricole durable n'est pas une promesse à tenir dans dix ans. C'est une urgence aujourd'hui. Pour la sécurité alimentaire. Pour l'emploi rural. Pour la stabilité de territoires entiers qui ne peuvent plus attendre les prochaines élections pour voir du concret.
Chez Mayagri, on ne lâchera pas ce sujet. Parce que l'agriculture, c'est notre terrain. Au sens propre du terme — et sans métaphore.
Vous produisez, vous transformez, vous cherchez à aller plus loin cette campagne ? Parlez-nous de votre exploitation. Mayagri ne vend pas du rêve — on construit avec vous ce qui tient dans la durée.