Un reportage TV5Monde consacré à la valorisation des épices africaines vient de tourner sur les réseaux. Chefs en toque, marchés colorés, voix off enthousiaste sur "la richesse des saveurs du continent". On a regardé. On a grincé des dents. Pas parce que le sujet est mauvais — parce qu'il arrive dix ans trop tard, avec le même angle mort qu'à chaque fois : on parle des épices africaines comme d'un folklore à redécouvrir, jamais comme d'une industrie à construire.
Chez Mayagri, on vend du piment, du gingembre, du moringa, du baobab, du néré transformés depuis le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Mali. On sait exactement ce qui se passe entre le champ et l'assiette. Et ce qu'on voit, ce n'est pas un problème de "valorisation" au sens marketing. C'est un problème de qui capte la valeur.
La "valorisation" est un mot qui arrange tout le monde sauf les producteurs
Valoriser, dans la bouche des médias occidentaux, veut souvent dire : sortir une épice de l'anonymat pour qu'un chef étoilé la mette sur une carte à 90€. Le producteur malien qui a cultivé le poivre de Guinée touche le même prix qu'avant. Ce qui a changé, c'est le storytelling autour du produit, pas la structure économique qui le porte.
Regarde n'importe quelle filière : le poivre de Guinée (ou "maniguette"), le rooibos, le baobab. Chacune a eu son moment "tendance" dans la presse food occidentale. Chacune a vu ses volumes exportés exploser. Et dans chaque cas, la marge est restée à 80-90% côté transformation, packaging et distribution en Europe — pas côté production africaine. On appelle ça "valoriser une épice". Nous, on appelle ça exporter la matière première et importer le profit.
Le piège de la carte de restaurant
Un chef qui met du fonio ou du poivre de Sélim sur sa carte fait un geste sincère, souvent. Le problème n'est pas lui. Le problème, c'est que le récit s'arrête là : "regardez, on redécouvre les épices africaines" — comme si elles avaient été perdues, comme si l'Afrique attendait patiemment d'être découverte. Ces épices n'ont jamais disparu. Elles sont utilisées quotidiennement par des centaines de millions de personnes depuis des générations. Ce qui est nouveau, c'est que Paris s'y intéresse.
Ce que "valorisation" devrait vraiment vouloir dire
Une vraie valorisation, ce n'est pas un chef qui saupoudre du baobab sur un dessert pour Instagram. C'est trois choses concrètes, mesurables, qu'on applique nous-mêmes chez Mayagri :
- Transformation locale avant export. Le gingembre séché et moulu au Sénégal génère 4 à 6 fois plus de valeur que le gingembre frais exporté brut. Chaque étape de transformation gardée sur le continent, c'est de l'emploi, de la marge et du savoir-faire qui restent.
- Traçabilité réelle, pas décorative. Savoir nommer le village, la coopérative, la saison de récolte — pas juste écrire "Afrique de l'Ouest" sur une étiquette comme si c'était un seul pays avec un seul climat.
- Prix qui reflète le travail, pas la rareté perçue. Une épice ne devient pas plus chère parce qu'elle est "exotique" pour un marché européen. Elle doit être payée au juste prix parce que la récolte, le séchage et le tri sont un travail réel, exigeant, saisonnier.
Pourquoi le moringa est un bon exemple
Le moringa a eu son heure de gloire "superfood" il y a quelques années. Prix qui explose en Europe, rayons bio qui s'en emparent. Résultat sur le terrain, dans beaucoup de filières non contrôlées : des cueilleurs payés à la même misère qu'avant, pendant qu'une poudre à 25€ les 100g se vend à Paris. La demande a augmenté. La valeur captée localement, elle, n'a pas suivi la même courbe — sauf quand la transformation reste sur place, comme on s'assure de le faire.
Ce qu'on fait différemment chez Mayagri
On ne raconte pas les épices comme un patrimoine à admirer de loin. On les traite comme ce qu'elles sont : des produits agricoles à forte valeur, issus d'un savoir-faire tribal transmis, pas d'un folklore figé pour touristes. Concrètement :
- On travaille avec des coopératives et producteurs identifiés, pas des intermédiaires anonymes qui écrasent les prix à la source.
- On transforme sur le continent — mouture, séchage, conditionnement — avant l'export, pour que la valeur ajoutée reste locale.
- On documente d'où vient chaque produit, sans enjoliver ni exotiser. Le piment vient d'où il vient, point.
Ce n'est pas un argument marketing. C'est la seule façon pour nous de vendre des épices sans reproduire le schéma qu'on dénonce dans ce genre de reportage.
La vraie question à se poser
La prochaine fois qu'un média parle de "valorisation des épices africaines", pose-toi une question simple : qui gagne réellement de l'argent dans cette histoire ? Le chef qui invente une recette ? La marque qui repackage ? Ou le producteur qui a cultivé, récolté, séché la plante sous 35 degrés ?
Si la réponse n'inclut pas clairement le troisième, ce n'est pas de la valorisation. C'est de l'extraction avec un meilleur éclairage.
Goûte la différence, pas le storytelling
Chez Mayagri, on ne te vend pas une histoire attendrissante sur un marché coloré. On te vend du gingembre, du piment, du baobab transformés avec exigence, tracés jusqu'à la source, au prix qui respecte le travail derrière. Va voir notre sélection d'épices et jugerai la différence toi-même — pas dans un reportage, dans ta cuisine.