Un sommet de plus, une promesse de moins
Sarra Zaafrani Zenzri clôture "Africa Forward" à Nairobi. Photos officielles, discours calibrés, le mot "souveraineté" prononcé une bonne dizaine de fois entre deux poignées de main. On a vu ce film. On connaît la fin : un communiqué final, quelques accords-cadres, et un continent qui continue d'importer ce qu'il devrait produire lui-même.
Chez Mayagri, on ne va pas cracher sur l'existence de ces sommets — la diplomatie économique a sa place. Mais on refuse de confondre l'agenda et la réalité du sol. Pendant qu'on parle "forward" dans une salle climatisée de Nairobi, des paysannes au Sénégal, en Côte d'Ivoire ou au Kenya se battent contre des semences dégradées, des prix qui s'effondrent à la récolte, et des circuits de distribution pensés pour l'exportation, pas pour nourrir le voisin.
Ce que "Africa Forward" ne dit jamais
Le vrai sujet qu'aucun panel VIP n'aborde frontalement : l'Afrique importe encore une part massive de sa nourriture alors qu'elle possède 60% des terres arables non cultivées de la planète. Ce n'est pas un problème de discours, c'est un problème de chaîne de valeur cassée entre le champ et l'assiette. Tant qu'on célèbre des sommets sans transformer la logistique agricole, la transformation locale et l'accès au marché pour le producteur, "forward" reste un mot d'anglais sur une bannière.
La souveraineté alimentaire, ça ne se signe pas, ça se cultive
On entend beaucoup parler de souveraineté économique dans ces sommets. On entend rarement parler de souveraineté alimentaire, celle qui commence à la parcelle. Et pourtant c'est la base de tout le reste : un continent qui ne maîtrise pas ce qu'il mange ne maîtrise rien d'autre.
Trois leviers concrets, loin des estrades
- Réduire les intermédiaires entre producteur et consommateur, pas les multiplier via de nouveaux accords commerciaux opaques.
- Investir dans la transformation locale — un sac de mil transformé sur place vaut dix fois plus qu'un sac exporté brut.
- Redonner du pouvoir de prix aux producteurs plutôt qu'aux traders et aux intermédiaires qui captent la marge.
Ce sont des choses qu'on ne règle pas en trois jours de sommet à Nairobi. Ça se construit terrain par terrain, transaction par transaction, avec des acteurs qui ont les mains dans la terre — pas seulement dans le protocole.
Pourquoi les femmes leaders comme Sarra Zaafrani Zenzri comptent quand même
Il faut être honnête : voir une femme tunisienne clôturer un sommet panafricain à Nairobi, ce n'est pas anodin. La représentation politique féminine au sommet des institutions reste un combat, et chaque présence de ce type ouvre une brèche pour celles qui viendront après. On ne minimise pas ça.
Mais la vraie question qu'on pose chez Mayagri : est-ce que cette présence se traduit en politiques agricoles qui protègent réellement les femmes qui cultivent l'Afrique ? Parce que sur le terrain, ce sont majoritairement des femmes qui produisent la nourriture du continent — et ce sont elles qui restent les plus exposées aux aléas climatiques, aux prix injustes, et à l'absence d'accès au financement. Le sommet parle d'elles. Il faudrait qu'il leur parle, et surtout, qu'il les paie correctement.
Ce qu'on retiendrait, nous, d'un vrai "Africa Forward"
Un sommet utile ne se mesure pas au nombre de photos officielles publiées, mais à ce qui change concrètement dans les six mois qui suivent : un fonds débloqué pour les coopératives, un accord logistique qui réduit vraiment les coûts de transport intra-africain, une politique de prix plancher pour les producteurs locaux. Le reste, c'est de la communication institutionnelle bien habillée.
Notre position chez Mayagri
On ne croit pas aux sommets qui sauvent l'Afrique depuis une estrade. On croit au travail sourd, répété, sans flash : sourcer juste, payer juste, transformer localement, raconter la vérité du produit plutôt que le folklore qu'on colle dessus pour vendre plus cher à l'Occident. L'Afrique n'a pas besoin qu'on parle d'elle "forward" — elle a besoin qu'on investisse dedans, aujourd'hui, sans attendre le prochain sommet pour s'en souvenir.
C'est cette logique qui nous fait choisir nos partenaires producteurs, fixer nos prix, et refuser certains raccourcis qui feraient baisser nos coûts au détriment de ceux qui cultivent.
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